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20/10/2009

Eliane Driesen

Connaissez-vous « la Bande des Félait » ?

Et… « le Lait Bicyclette » ?

La plupart d’entre nous ont contemplé les images des déversements massifs de lait avec des sentiments mélangés : entre consternation devant la violence symbolique du geste – le produit contient lui-même une certaine charge émotionnelle- et compréhension devant les difficultés des producteurs à vendre la totalité de leur production et à en obtenir une rémunération correcte. Un des reportages cependant détonnait singulièrement : on y voyait un éleveur heureux dans sa ferme qui nous expliquait que le lait de ses vaches était vendu et distribué en Belgique pour un prix qui lui permettait de vivre dignement de son travail. Il existerait donc une filière lait équitable en Belgique, une alternative à l’achat à la ferme, recommandé pour le lien qu’il crée avec les éleveurs, mais pas toujours praticable ?

Je me suis donc mise à la recherche d’un carton de ce lait étiqueté « la bande des félait » (Carrefour, 0,84 €) et j’ai été voir ce qu’il contenait sous cette appellation marrante. Je l’ignorais, mais cette filière existe depuis le 1er février 2007, à l’initiative de la société Solarec, installée à Recogne et détenue par deux coopératives, Chéoux (Rendeux) et LAC (Ciney) – la même société que celle devant laquelle les agriculteurs faisait piquet pour faire barrage aux camions transportant le lait d’origine étrangère. Le lait vendu sous le label « bande des félait » provient uniquement de la zone Ardenne et offre les mêmes garanties de qualité de traitement que tous les laits conditionnés par la société. La marque « bande des félait » est propriété de l’Apaq-W (agence wallonne pour la promotion d’une agriculture de qualité) et est issue d’un concept mis en place par l’agence pour promouvoir la consommation du lait auprès des enfants autour de la mascotte « Margot la Vache ».

La contemplation de mon carton d’un litre de lait demi-écrémé m’a transportée vers une autre filière lait courte et équitable, bien loin d’ici au Burkina Faso : le « lait bicyclette ». Cette initiative est la riposte des producteurs locaux pour contrer les effets dommageables de la politique européenne sur leur marché – et oui ! En effet, l’excédent des productions européennes sont transformées (en Europe) en lait en poudre, qui est exporté en Afrique de l’Ouest où il est reconstitué, mis en bouteille et exporté au Burkina Faso ou il est vendu 200 Francs CFA (monnaie pays centre Afrique = 0,3 €) alors que le lait produits par les éleveurs locaux coûte 300 FCFA ! Or, comme la plupart des pays d’Afrique, le Burkina Faso est autosuffisant pour les produits laitiers et pâtit des excédents produits par la politique agricole européenne. Dans ce contexte, la proposition faite récemment par le Ministre de la Coopération au Développement, Charles Michel, de favoriser l’exportation de nos excédants laitiers dans les pays en voie de développement témoigne soit d’une méconnaissance de la question, étonnante vu sa fonction, ou d’un cynisme total, puisque sa proposition revient à faire payer notre crise du lait par les pays les plus fragiles. Pour contrer la concurrence des laits d’exportation, l’union des mini-laiteries et des producteurs de lait a donc crée la filière courte dite « lait bicyclette ». Les éleveurs-producteurs viennent livrer - en vélo - leur lait à la mini-laiterie en vélo. Une fois transformé en lait pasteurisé, en yaourt, en dégué ou eu gapel, les transformatrices vont le livrer - en vélo - dans les marchés locaux.

Le monde est un village ou chaque geste compte et bien plus que ce que l’on pense ! En manifestant concrètement notre soutien aux éleveurs de chez nous, par nos choix de consommation, en acceptant de payer un peu plus cher que le prix du marché, nous indiquons le type de société que nous voulons (et que nous ne voulons plus) et nous encourageons nos parlementaires à agir dans la petite marge de manœuvre que la politique commune agricole commune leur laisse (Résolution Thérèse Snoy, Georges Gilkinet Ecolo-Groen 28 mai 2009) en attendant que le groupe des verts arrive à imprimer leur marque sur les choix de la communauté européenne.

En octobre, s’ouvrira le 7e Forum Mondial du Développement durable à Ouagadougou (capitale du Burkina Faso). On cherche vainement la cohérence entre les mesures prises pour lutter contre les changements climatiques et la poursuite d’une politique économique coûteuse en énergie et en production de CO2 qui concurrence les producteurs du Sud et étrangle les producteurs du Nord, qui n’est donc ni éthique, ni efficace.

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